La fille qui allait expédier sa progéniture en vacances par Chronopost

Parce que tout blog de fille qui se respecte ne manque jamais d’évoquer le bonheur simple d’une vie familiale harmonieuse…

En règle générale, la belle-mère moyenne est un croisement fascinant de tous les adorables petits rongeurs qualifiés par la science de nuisibles, mâtiné de chromosomes indéfinissables qui font d’elle une créature hautement délétère.
Elle peut cumuler des traits de caractère éminemment propices à faire naître, chez toi, la pulsion mortifère la plus aiguë.
Elle peut souffrir de cette forme de fierté excessive qui la voit s’extasier en permanence des réussites, même mineures (voire totalement imaginaires), de son enfant (que tu as eu l’immense privilège d’épouser, de pacser, de concubiner  ou simplement de culbuter). Elle est susceptible de materner cet enfant jusqu’à l’âge adulte et au-delà, te faisant régulièrement passer pour une pauvre sous-merde totalement incapable de lui tricoter amoureusement pulls, écharpes en alpaga et moufles en peau de lapin. Elle peut passer maîtresse dans l’art subtil de la culpabilisation à outrance, manipulant ainsi sa malheureuse progéniture qui risque de te faire vivre l’enfer au quotidien pour peu que tu oses émettre la moindre critique sur sa génitrice vénérée.

Ma belle-mère n’est rien de tout ça, et j’avoue qu’au départ, ça m’a plutôt rassurée.
Pas chienne, non, jamais accusatrice, limite encourageante, au contraire. Souriante, gentille, le genre de belle-mère qui te donne l’impression d’être en train de tourner une pub pour les Knackis Herta (« le goût des choses simples« ), avec la musique d’ambiance et tout et tout.
Je la trouvais juste stressée, voire carrément angoissée en permanence (pour le temps de cuisson de son rôti, pour l’embrayage de sa bagnole qui couine, pour le réchauffement climatique, pour la domination économique chinoise qui menace nos exportations, pour le gazon du jardin qui est trop haut et aussi pour la troisième guerre mondiale qui ne saurait tarder). Mais bon, avec mon hypocondrie chronique, j’aurais eu l’air fin, à lui faire la leçon…

Non, en fait c’est quand elle a découvert Phlegmon qu’elle a réellement décompensé (je dis « découvert », parce que Phlegmon était déjà toute fabriquée de partout quand j’ai pacsé Loutre, la conception immaculée de Phlegmon remonte aux temps bibliques où j’étais alcoolique, droguée, suicidaire et sur le point d’assassiner ma chère moitié de l’époque).

Une fois grand-mère, Belle-Maman s’est transformée en un équivalent familial d’une hernie discale complexe et inopérable.

Phlegmon porte un pull-over en poil de mammouth (on est au plus fort du mois de février, il gèle à pierre fendre et ses extrémités sont sur le point de tomber bêtement sur le sol couvert de givre)?
– Ouh là, mais elle est trop couverte, cette petite! C’est un coup à attraper un chaud et froid, ça. Si elle transpire trop, après, ça peut tomber sur les bronches!
Phlegmon porte un débardeur léger (on est en plein mois d’août et sa peau est sur le point de se craqueler sous l’effet de la chaleur, menaçant de répandre ses humeurs sur le bitume qui fond)?
– Ouh là, mais elle n’est pas assez couvert, cette petite! C’est un coup à attraper un chaud et froid, ça. Si elle ne transpire pas suffisamment, après, ça peut tomber sur les bronches!
Phlegmon s’amuse avec un inoffensif stylo à billes (modèle quatre-couleurs, fort laid mais bien pratique)?
– Ouh là, mais elle pourrait se faire mal, cette petite! Le ressort des stylos à bille, il paraît que ça coupe, après, ça peut tomber sur les bronches!
Phlegmon escalade fièrement un petit rocher en bord de mer (ou une chaise Ikéa dans la cuisine, c’est selon)?
– Ouh là, mais elle pourrait tomber, cette petite! Les rochers (ou les chaises) comme ça, il paraît que ça coupe autant que les ressorts de stylo à billes, après, ça peut tomber sur les bronches!
Phlegmon enfourne innocemment une cacahuète à l’apéritif (ou un brin de céleri biologique, si tu es adepte des cinq fruits et légumes par jour et de l’altermondialisme alimentaire)?
– Ouh là, mais elle pourrait s’étouffer, cette petite! Les cacahuètes (ou les brins de céleri biologique) c’est comme les ressorts de stylo à billes, les rochers, le chaud et le froid, après, ça peut tomber sur les bronches!

HIstoire d’éviter un passage à l’acte irréparable qui pourrait  me conduire directement à la case « prison » sans toucher les dix mille euros (ni empocher les stock-options, demande à Henri Proglio s’il a pas une belle-mère, lui), je me dois donc toujours d’avoir en tête, en tant que belle-fille, les stratégies d’évitement les plus faciles à mettre en place. Comme par exemple ne jamais m’asseoir à côté d’elle pendant les repas de famille (à la limite, préférer la compagnie de Beau-Papa, même s’il est con comme un labrador et plus réac’ qu’Éric Zemmour, ou celle de l’arrière-grand-mère, qui a le mérite de rester prostrée sur sa chaise comme une momie sans moufter pendant tout le repas). Il s’agit de la jouer fine et de ne pas s’exposer plus que nécessaire aux emmerdements.

Je me suis donc bien renseignée sur ce que me coûtera l’expédition de Phlegmon chez ses grands-parents.
Ben, si je fais l’impasse sur l’option « livraison en moins de 24 heures » et sur les six mètres carrés de papier-bulle, c’est carrément jouable.

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3 réflexions sur “La fille qui allait expédier sa progéniture en vacances par Chronopost

  1. Chloé

    Serial Mother, hein? Oui, tu m’y fais penser…et aussi à la même Kathleen Turner dans « La guerre des Rose », en fait…

  2. Pingback: La fille qui trouvait que quand même, ça s’arrange « Le Pas Blog (de fille)

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