A zitella chi un temia di anda in vacanze incu e Cuppulatte Ninja

Parce qu’une blogueuse glamour et hype préfèrera toujours les plages branchées de Porto-Vecchio aux villages isolés dans les Aiguilles de Popolasca, où il est très difficile de trouver une boutique Gucci.

Avec Loutre et Phlegmon, on est en vacances depuis une semaine chez Frida.
Moi j’étais très contente de venir en Corse, rapport à tous les gens célèbres qui viennent y passer leur été.  Je disais à Loutre qu’on allait sûrement rencontrer des pipôles très connus, comme Gérard Depardieu ou Christian Clavier, qui sont peut-être pas très beaux ni très minces, mais qui jouent dans des films extraordinaires comme Astérix chez les Ch’tis ou Les Bidasses en Thaïlande (Loutre me dit que c’est pas Gérard Depardieu ni Christian Clavier qui jouaient dans Les Bidasses en Thaïlande, mais moi je sais faire la différence entre Paul Préboist et Gérard Depardieu, c’est facile: Gérard Depardieu, il est pas encore décédé).
Bon, en vrai, ça ne s’est pas complètement passé comme ça.

La maison de Frida, elle est dans un très joli petit village de trente habitants.
Pour arriver au village, il faut prendre une route qui monte très haut et qui tourne beaucoup, et donc c’est pour ça que j’ai vomi la pizza que j’avais mangée sur le bateau (c’est là que j’ai compris que j’aurais pas dû manger une pizza sur le bateau, mais c’est pas grave parce qu’on a emmené une trousse de secours avec des médicaments contre la nausée très efficaces).

Le village, il est très bucolique. On a tout de suite rencontré des gens formidables et très accueillants, comme Ange et Doumé, qui sont éleveurs de vaches. Les vaches, dans le village, il y en a beaucoup, elles sont pas très grosses parce qu’elles mangent pas (ça coûte cher de donner à manger à des vaches, et Ange et Doumé, ils ont pas beaucoup de sous, rapport au fait que leurs 4X4 Mercedes consomment beaucoup d’essence et que l’essence, c’est très cher) (moi non plus j’avais pas compris, c’est Battistu qui m’a expliqué). Donc, les vaches se promènent dans le village et elles mangent les fleurs que font pousser les vieilles dames, et donc de temps en temps, on entend un coup de fusil très fort, et moi ça me faisait peur au début, mais madame Ghjuvannina elle me tapotait l’épaule en faisant « pô pô pô » .

– C’est rien, elle a dit, c’est Francescu qui a tiré la vache de Doumé.
– Pourquoi? j’ai demandé.
– Bah parce qu’elle mangeait les tulipes de sa mama.

Après, il y a eu un deuxième coup de fusil très fort, et moi ça m’a encore fait sursauter, mais madame Ghjuvannina elle m’a tapoté de nouveau l’épaule en faisant « bâ bâ bâ ».

– C’est rien, elle a dit, c’est Doumé qui a tiré Francescu.
– Pourquoi? j’ai demandé.
– Bah parce que Francescu  avait tiré sa vache.

 Le deuxième jour, on a rencontré Franckie, qui est berger de moutons dans le maquis. Frida, elle nous avait dit qu’il fallait surtout pas avoir peur de Franckie, et moi j’avais pas compris pourquoi. On était tous partis se promener dans les jolis paysages du maquis, où il y a des chardons très beaux et très, très nombreux (c’est là que j’ai compris que j’aurais dû prendre autre chose que des shorts, mais c’est pas grave parce qu’on a emmené une trousse de secours avec du désinfectant très efficace), et là on a entendu comme un bêlement très aigu, et puis un « tchaaak » , et puis plus rien, et puis après, on est tombés nez à nez avec quelque chose de très poilu et hirsute qui sautait de rocher en rocher avec un cadavre de chèvre jeté sur l’épaule et une hache dans la main, et cette chose nous a regardés avec des yeux grands comme des boules de billard, elle a fait « HUUURGHHH » et puis elle a disparu derrière une maison en ruines.

– Je savais pas qu’il y avait des orang-outang en Corse, j’ai dit.
– C’est Franckie, a dit Frida.
– Ah? a fait Loutre. Il a une maladie génétique?
– Nan, a dit Frida. Il n’a parlé à personne depuis 1964. Rapport au fait que son papa avait tiré la vache du cousin de la belle-soeur du père de Doumé.

 Le troisième jour, on est tous allés à la plage, qui est juste en bas du village,  à quarante kilomètres à l’est.  L’eau de la mer était très bonne, et en fait elle était pas polluée (c’est là que j’ai compris que  j’avais juste confondu les méduses avec des sacs en plastique  , mais c’est pas grave parce qu’on a emmené une trousse de secours avec de la crème appaisante très efficace).
Loutre avait acheté un machin gonflable pour Phlegmon, mais y’avait pas de trou pour souffler dedans, en fait il fallait le remplir d’air en faisant rentrer le vent dedans, mais comme il n’y avait pas de vent, le machin gonflable il restait déséspérément plat, et Phlegmon elle disait qu’elle voulait son machin pour jouer dans l’eau, et Loutre disait qu’on pouvait pas le gonfler, et Phlegmon a commencé à pleurer en criant qu’elle VOULAIT qu’on le gonfle, et Loutre a crié aussi en disant que c’était Phlegmon qui commençait à nous gonfler, et moi j’ai proposé de faire du vent avec mes bras, et Loutre a mis l’ouverture du machin devant moi pendant que j’imitais le vautour qui s’envole dans les plaines du Kenya, mais j’avais beau battre des ailes comme une malade, ça suffisait pas pour faire rentrer de l’air dans le machin, alors Loutre a commencé à courir en cercles avec le truc, mais ça suffisait pas non plus, et Phlegmon trépignait sur place en grinçant très fort des dents et en retenant sa respiration, et puis on a entendu Frida qui n’arrivait plus à respirer tellement elle rigolait, et tout à coup il y a eu un grand silence, on a arrêté de courir et de pédaler avec les bras, et on a vu tous les gens de la plage qui nous regardaient avec des gros yeux. Je crois qu’ils avaient tous mangé des choses pas fraîches, parce que certains ont craché par terre en disant « manghja merda ».

Donc ça fait une semaine qu’on est dans le village de Frida, et je dois dire que ce sont des vacances très chouettes. Demain, on va écouter de la musique folklorique avec des gens qui miaulent en se tenant l’oreille et en expliquant des choses tristes à propos de leurs mères, ça va être formidable. Enfin, moi je pourrai pas y aller, rapport au fait que je suis à l’hôpital (Frida m’avait prévenue que le brucciu dans le fiadone il était pas catholique, mais je voulais faire plaisir au monsieur du restaurant, qui n’avait pas l’air de rigoler). Mais Loutre et Phlegmon me raconteront, j’en suis sûre. Et puis de toute façon, dans ma chambre, il y a déjà plein de dames habillées en noir qui miaulent en se tenant l’oreille et en expliquant des choses tristes à propos du monsieur cagoulé  qui est dans le lit d’à côté, alors bon.

 

Edit: Alors si tu arrives à traduire le titre du billet, je t’envoie un fromage local dédicacé.

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Catégories : Tourista, fièvre jaune et crash aériens | Étiquettes : , , , , , | 28 Commentaires

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28 réflexions sur “A zitella chi un temia di anda in vacanze incu e Cuppulatte Ninja

  1. Commence à courir Choupette… Je te laisse 15 minutes d’avance. le temps pour moi d’aller déterrer le fusil de papa qui est enterré dans la cave (il est pas déclaré). Et puis peut-être une ou deux grenades, rapport à une voiture qui serait mal garée sur la place de la Fontaine.

    Tu vois, en Corse on laisse sa chance à la bête…

  2. Et sache que je ne m’abaisserai pas à traduire quoi que ce soit. (Le Corse reste fier en toute circonstance).

    P.S. : j’ai trouvé le fusil. Toi aussi je vais te trouver.
    Ensuite je te range avec le fusil.

    • On avait dit « pas la cave »…
      Ta maman te demande si tu peux regarder si les pains de plastic sont sous la bâche, par la même occasion.

      • Ils n’y sont plus. Je crois que je les ai donnés à Francky. ..

        Il en avait besoin… Rapport à une fille hirsute et couverte de bave de ciste et de feuilles d’arbousiers qui courrait devant un troupeau de vaches en hurlant des choses bizarres sur les mères Corses (je cite : « ta mère corse en train de faire cuire des beignets au fromage qui pue », ou bien encore « ta mère Corse qui chante des trucs bizarres en se grattant l’oreille »), fille qu’il aurait vaguement croisée dans le maquis hier et qui aurait colporté des trucs sur ses chèvres sur son blog…

        Sache que le Corse aime beaucoup ses chèvres.

        (J’ai pas pu m’empêcher de lui lire ton post, en déformant un peu, tu m’excuseras).

        • Je me demandais pourquoi je pouvais plus sortir de ta maison à cause des gentils garçons qui m’attendent dehors. Bah maintenant je sais.
          Salope.

  3. La Corse- résumé (sorte de reader digest donc truc pour lire sans vomir, quoique)

    déjà le pays lui même: ah ben oui c’est sur c’est beau, mais alors c’est bourré de routes à la con et S serrés qui font que tu mets 2 heures pour faire 30 bornes. Evidemment, je passe sur le détail de ne pas avoir de parapet (qui n’a rien à voir avec un antiprout même si ça fait chier) ou parfois un vague muret un peu écroulé histoire de te faire penser à serrer les miches si tu croises un camion.

    Des arbres. Alors là quand ils ne crament pas (stadire quand y’a rien de spécial à construire dans le coin, pas plus que de voisin à se venger) y’en a partout! Tu traverses des coins ou y’a QUE des arbres, mais de préférence avec une route en S aussi, de telle sorte que si taleur t’avais raté le précipice, il te reste l’option de t éclater contre un pin parasol.

    La fierté corse: qui fait de quand t’arrives dans un ptit village les habitants te regardent comme une mouche à merde qui se serait posée sur la nappe dominicale. Les vielles avec leur tronche en lame de couteau ne te regardent même pas, et les djeuns (enfin ceux qui ont eu la flemme de quitter le village) te regardent comme un estane ger importun qui vient casser la quiétude Corsica.
    Ils sont fiers de leur ile sur laquelle ils se sont donné la peine de naitre, mais qu’ils détruisent quand ça les arrange, ça dépend juste de ce que cela peut leur rapporter.

    ET PUIS

    S’il y a un truc qui me donne envie de m’ouvrir les veines, c’est bien les polyphonies corses: ça dure des heures à te pousser 3 notes avec un bémol de différence et une mine grave, comme s’ils étaient en train d’enterrer l’âne du père Dominique (l’âne étant une spécificité corse également)

    T’écoutes ça en regardant ta montre et en te demandant quand ça va se terminer. Le seul truc qui te sauve de la dépression, c’est que de temps en temps le concert est ponctué d’explosions de villas, organisées par la mafia locale (là bas ils appellent ça le FLNC) ce qui agrémente un peu le spectacle à la manière des reconstitutions néo historiques du Puy de Fou.

    Chose, dis moi ou est le bouchon que je coule cette ile de maird.

  4. et la Sardaigne, vous connaissez la Sardaigne ?

  5. ruines

    bien ri, merci!

  6. Greenouille

    Ahahahaha ! Ça me rappelle trop mes vacances en Corse !
    (sauf que j’étais pas logée chez l’habitante et que dans les montagnes moi j’ai pas croisé des bergers…mais des cochons qui mangent dans les décharges sauvages et qu’après on te vend sous forme de » charcuterie corse, cochons élevés dans le maquis »… et aussi des bidasses qui font claquer leurs rangers sur le parquet du refuge de Petra Piana à 5h du mat après avoir ronflé toute la nuit).

    • Frida t’embrasse. Elle te propose un atelier « maniement des armes à feu » et « fabrication de ciment artisanal ».

      • Greenouille

        moi je manie déjà la poudre noire et les mortiers… Les armes à feu c’est pour attraper les cochons du maquis avant d’en faire du saucisson ?

        • Je sais pas. On en a croisé hier, en dehors d’une certaine ressemblance avec Nadine Morano, je les ai trouvés mignons, du coup j’avais plus trop envie de les manger, moi.

  7. Un passant

    Le titre ? « La fille qui a un thème des Andes en vacances, un cul (je fais à la phonétique) et des ninjas qui copulent ».
    Ouais, je sais… Une semaine sur cette île ne m’a pas permis de me familiariser avec toutes les nuances de cette langue fort subtile, indispensable aux polyphonies qui permettent d’exprimer tant la beauté d’un soleil couchant reflété sur les calanches de Piana que le désespoir d’Ange car tous les Parisiens trouvent que son fromage « il pue », même si les groupes de cochons sauvages qui taxent de la bouffe aux piétons sur la route leur rappellent un peu Aubervilliers vers 23h.
    Des souvenirs aussi doux que de la confiture de myrte.

    • T’es un poète, chouchou.
      La comparaison avec Aubervilliers, c’est rapport au sens de l’hygiène des habitants de Seine-Saint-Denis?

      • Plutôt à la tendance qu’ont certains margoulins habillés en street-wear avec un accent comme les rappeurs à quémander des choses aux autres en invoquant une modification de leur intégrité physique s’ils refusent, ce qui va bien sûr contre toutes les règles de bienséance.

  8. Yolanda

    Un petit blog bien cynique dans le même genre: cadavres-exquises.blogspot.fr

    • Ça t’embete si je prends des sous à chaque fois qu’un blogueur se fait de la pub déguisée dans les commentaires?

  9. bill Kendal

    mais qu’alliez vous faire là-bas ?

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